Le 15ème siècle européen propose une situation politique et économique propice aux découvertes et explorations. Les espagnols se font les nouveaux missionnaires de l’Eglise catholique par la reconquête de la province de Grenade en 1492, qui était maure depuis le 8ème siècle. L’Espagne comme le Portugal s’affirment comme des puissances maritimes. Des liens économiques se développent entre l’Europe et l’Orient, avec un commerce autour des produits exotiques, perles, épices et teintures. L’Europe est appâtée par le luxe oriental et motivée par ses besoins croissants en or. Pour se faciliter l’accès à toutes ces richesses, l’Europe a besoin d’une nouvelle route, qui éviterait le passage en territoire musulman. La possibilité d’un passage par l’ouest commence donc à trotter dans bien des esprits. Il faut ajouter à cela un développement économique général, soutenu par de nouveaux outils bancaires et par des investissements privés, mais aussi l’émergence de nouveaux outils de navigation et de cartographie (tables de trigonométrie, gouvernail d’étambot, meilleure voilure,etc.). Toutes ces évolutions sont propices à une  exploration vers l’ouest.

Une première étape préparative à la découverte des Amérique est réalisée avec la colonisation des îles Canaries, de Madère et des Açores par les espagnols et les portugais. Ces îles serviront d’escale sur la route vers l’ouest pour les Espagnols. Les portugais, eux, continueront vers le sud, choisissant de contourner l’Afrique pour atteindre l’Asie. Ils feront la conquête, sur cette route, des îles du Cap Vert.

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Christophe Colomb et la découverte des Amériques

Navigateur aguerri, instruit, connaissant les travaux des auteurs anciens, Christophe Colomb prépare dès les années 1480 un projet de jonction de l’Asie par l’ouest. Il propose une nouvelle route commerciale en avançant que la distance Portugal-Japon par l’est est de 225°. La terre ayant une circonférence de 360°, la route vers l’ouest ne présenterait que 105° à parcourir. Christophe Colomb se base sur des informations erronées, sous-estimant la circonférence réelle de la planète. Son projet est rejeté une première fois par le Portugal, puis par l’Espagne, avant d’être finalement accepté par les souverains Ferdinand et Isabelle d’Espagne en 1491. En août 1492, Christophe Colomb quitte l’Espagne à la tête de trois caravelles. Le 12 octobre 1492, il débarque à Guanahaní, une île des Bahamas. Colomb découvre ensuite Cuba et Haïti avant de reprendre la route du retour en 1493.

older-columbusChristophe Colomb par
Sebastiano del Piombo

En 1493, le pape Alexandre VI décrète que toutes les terres découvertes à l’ouest seront partagées entre l’Espagne et le Portugal, selon une ligne imaginaire tracée à partir des Açores. Sa décision est entérinée avec le traité de Tordesillas en 1494. Mais l’Angleterre et la France ne comptent pas s’arrêter à cette décision papale et se lancent, eux aussi, vers l’ouest. L’Europe est alors divisée en puissants royaumes qui s’emploient à débaucher les meilleurs marins – souvent italiens – pour les mettre à la tête d’expéditions vers le Nouveau Monde.

S’ensuit une ruée vers l’Amérique, enfiévrée, désordonnée, qui va s’étaler tout au long du 16ème siècle. Les expéditions préparent une colonisation avant même la découverte totale de ce que l’on ne perçoit pas encore bien comme un nouveau continent.

Entre 1493 et 1495, Colomb découvre de nouvelles îles : la Dominique, la Guadeloupe et Porto Rico. Une troisième expédition, menée entre 1498 et 1500, l’amène sur le continent américain, sur les cotes de l’actuel Venezuela. Colomb croit toujours être arrivé aux Indes, d’où le nom qu’il donne aux autochtones ; les Indiens. C’est Amerigo Vespucci qui, à la suite de son voyage l’ayant amené près des côtes brésiliennes (1499-1501), prend le premier conscience de la découverte d’un nouveau continent. C’est en son honneur qu’un géographe donne au continent découvert son prénom ; Amérique. Les espagnols et les portugais multiplient les expéditions vers l’Amérique du sud et ont bientôt la mainmise sur ce continent, grâce aux découvertes d’explorateurs comme Pedro Cabral, Hernan Cortés ou encore Francesco Pizarro. De nombreuses vagues de conquistadors s’emploient tout au long du 16ème siècle à conquérir, piller et coloniser l’Amérique du Sud. La population indigène étant  rapidement décimée par la brutalité des conquistadors et par les maladies, les espagnols s’en vont chercher leurs esclaves en Afrique.

Découverte et exploration de l’Amérique du Nord

John Cabot, de son vrai nom Giovanni Cabotto, cherche au nom du roi anglais Henry VII à s’approprier de nouvelles terres à l’ouest. En 1497, Cabot atteint l’Amérique du nord par le Labrador, Terre-Neuve et la Nouvelle-Angleterre. L’explorateur croyait avoir atteint la Chine. Une seconde expédition, plus importante, est levée en 1498 dans le but d’atteindre le Japon. Mais John Cabot ne revient pas en Angleterre. De nombreuses hypothèses tentent d’expliquer cette disparition (naufrage, mutinerie), mais aucune n’a été prouvée. Les expéditions de John Cabot, malgré cet échec final, ouvrent la voie à la découverte et la colonisation de l’Amérique du Nord. Les Anglais vont cependant tarder à organiser de nouvelles expéditions, refroidis par l’échec de Cabot. Profitant de ce retrait partiel, c’est la France qui va prendre le relais et lancer de nouvelles expéditions.

The departure of John and Sebastian Cabot from Bristol on their first voyage of discoveryLe départ de Jean et Sébastien Cabot de Bristol
pour leur premier voyage d’exploration

En 1524, Jean de Verrazane (encore un italien) découvre les côtes de la Caroline du Nord au nom du roi de France François Ier. Il longe la cote atlantique et, le premier, pénètre dans la baie de New-York qu’il nomme « la Nouvelle Angoulême ». Le voyage de Verrazane confirme la découverte de Vespucci : c’est bien un nouveau continent que l’on découvre. En 1528, une nouvelle expédition menée par Verrazane se termine tragiquement ; l’explorateur est tué puis mangé par des anthropophages.

Jean de VerrazaneJean de Verrazane

En 1534, François Ier mandate un marin de Saint-Malo, Jacques Cartier, pour un voyage vers l’ouest à la recherche de « grande quantité d’or et autres riches choses ». Au bout de vingt jours, Cartier arrive en vue des côtes de Terre-Neuve, il franchit le détroit de Belle-Isle et fait le tour du Golf Saint Laurent avant de repartir vers le France. Au cours d’un second voyage, en 1535, il remonte le fleuve Saint-Laurent et découvre l’actuel Québec. Cette découverte est capitale puisqu’elle ouvre la voie à la pénétration de tout le continent nord-américain. Mais la France n’entend pas mener pour le moment de politique de colonisation, qui n’émergera qu’au 17ème siècle.

Jacques CartierJacques Cartier

Au sud, d’autres explorateurs pénètrent le territoire des actuels États-Unis d’Amérique. Hernando de Soto, gouverneur de Cuba, prend la tête d’une expédition de trois ans (1539-1542) à travers le sud, à la recherche d’un hypothétique empire : il traverse le territoire de la Floride à l’Alabama et est le premier à franchir le fleuve Mississipi. L’aventurier reste dans les mémoires comme s’étant montré particulièrement cruel à l’égard des amérindiens.

Discovery_of_the_Mississippi de sotoUne toile romantique représentant
Hernando de Soto découvrant le Mississipi

Toujours motivée par l’éventuelle découverte d’incroyables richesses, une nouvelle expédition s’organise entre 1540 à 1542, celle de Francisco de Coronado. L’explorateur recherchait les sept cités légendaires de Cibola et leurs fameuses murailles d’or qui ne se sont avérées être que de simples villages habités par des indiens Pueblo. L’expédition a néanmoins permis la découverte du Grand Canyon et des Grandes Plaines. Les hommes de Coronado ont été les premiers européens à apercevoir des bisons.

Côté français, de nouvelles explorations ont lieu au début du 17ème siècle, à partir de la vallée du Saint-Laurent, qui a été colonisée. Samuel de Champlain explore lors de plusieurs expéditions la région des grands lacs. Les français sont motivés par deux missions : se procurer peaux et fourrures (d’où le commerce avec les indiens hurons) et évangéliser les indigènes. Sur sa carte des territoires découverts, Samuel de Champlain inscrit « Nouvelle-France » au bas de la baie d’Hudson. L’influence française grandit en Amérique du Nord. Après le fleuve Saint-Laurent, la nouvelle voie d’exploration découverte et utilisée par les français est le Mississipi. C’est en descendant ce fleuve que René Robert Cavelier de la Salle atteint en 1682 le golfe du Mexique. Les terres découvertes par de la Salle lors de cette expédition sont nommés « Louisiane », en l’honneur de Louis XIV, dont l’explorateur a reçu le soutien.

1613 Nouvelle France ChamplainUne carte de la « Nouvelle-France » par Champlain

L’Angleterre, pour sa part, recherche tout au long du 17ème siècle une voie de passage vers l’Asie, jusqu’en 1670 et la fondation de la compagnie de la baie d’Hudson, consacrée à l’exploitation commerciale des fourrures. La côte ouest américaine reste peu connue. Seuls les espagnols s’y sont rendus sans s’y installer réellement. Il faut attendre la fin du 18ème siècle pour voir les espagnols fonder des forts et des missions franciscaines pour évangéliser les indiens (d’où la ville de San Francisco, par exemple). La découverte de cette côte est complétée par les explorations du français Lapérousse et de l’anglais Vancouver. En 1741, Vitus Bering repère les cotes de l’Alaska. Le navigateur envoyé par le tsar Pierre Le Grand est parti de Russie et passé par le détroit qui porte aujourd’hui son nom. A la fin du 18ème siècle, après trois cent ans de tâtonnements, le continent a été largement exploré. Depuis le siècle précédant, déjà, la colonisation est en marche.