Partis les derniers, après les espagnols et les français, les anglais arrivent pourtant grands gagnants de la course à la colonisation. La colonisation anglaise est principalement motivée par l’envie d’étendre une puissance maritime, de transférer les inactifs d’Angleterre vers le Nouveau Monde (résorption du chômage) et d’expatrier les anglais qui refusent de se conformer à l’église anglicane.

Trois sortes de colonies anglaises émergent dans le Nouveau Monde :

Les « Charter colonies » – des colonies à « but lucratif », lancées par des hommes d’affaire mandatés par « charte » royale.
Les « Crown colonies » – des colonies gérées par la couronne anglaise, qui a dû prendre en charge la colonisation de l’Amérique face aux nombreux échecs des charter colonies (attaques indiennes, faillites…).
Les « Proprietary colonies » – des colonies dirigées par des « lords » nommés par la couronne anglaise.

En 1607, un premier groupe de colons britanniques remonte le fleuve James et fonde Jamestown. Les débuts de cette colonie sont très laborieux, les colons étant peu habitués à la rudesse du travail et n’ayant pas de réelle politique d’implantation. Entreprise marchande, administrée par la Compagnie de Virginie, la colonie ne doit sa survie, pendant de longues années, qu’aux ravitaillements envoyés par la métropole. La Virginie va finalement trouver le chemin de la prospérité économique par la culture du tabac, introduite par John Rolfe en 1612. Pour alimenter ces plantations en main d’œuvre, trois types de travailleurs afflueront en Virginie lors des décennies suivantes : les esclaves noirs d’Afrique, les engagés et les individus sous servitude pénale.

jamestown1615Le village de Jamestown, sur le fleuve James, vers 1615

Plymouth, ou « New Plymouth » est la première colonie indépendante créée en 1620 en Amérique. Elle est à l’origine de l’un des grands mythes de la fondation des Etats-Unis. C’est une colonie établie par les fameux « Pilgrim fathers », les « Pères pèlerins », des puritains opposés à l’Eglise anglicane. Ces protestants souhaitaient une église plus « pure », allégée des fastes catholiques (d’où leur nom de « puritains »). Pendant leur voyage vers l’Amérique, les pèlerins, à bord du Mayflower, signèrent un accord commun qui s’est révélé être la première constitution écrite d’Amérique : le « mayflower compact ». Les passagers s’engageaient à la formation d’un « corps politique civil » dans le but de mettre en place des lois « justes et équitables » auxquelles la communauté devrait se plier. Cette petite constitution tiendra lieu de gouvernance de Plymouth, jusqu’à l’absorption de la ville dans un réseau plus large, celui de la Nouvelle-Angleterre, en 1691. C’est de cette région, marquée par le souvenir des persécutions religieuse et animée par un grand esprit d’autonomie, qu’éclateront les premiers sursauts de la guerre d’indépendance américaine. C’est dans l’histoire de cette colonie que l’on comprend l’origine de la plus grande fête américaine ; Thanksgiving. Cette célébration est apparue en 1621 à Plymouth pour célébrer la première récolte, après une première année de colonisation très rude. Elle a réuni les premiers colons et quelques tribus indiennes du territoire, qui ont contribué à la survie des nouveaux habitants en leur apprenant notamment la culture du maïs.

mayflower compact

La signature du MayFlower Compact par
Jean Leon Gerome Ferris

Ces balbutiements annoncent beaucoup de la culture américaine contemporaine : les Charter colonies symbolisent la culture de la « libre entreprise » chère aux états-uniens, l’anecdote fondatrice du Mayflower porte en elle les germes de l’indépendance américaine, l’esprit d’autonomie et la culture du contrat. Cependant, la colonie de Plymouth, bien qu’ayant assuré sa subsistance et sa gestion interne, n’a que trop mal géré sa relation politique avec Londres, dont elle n’a obtenu aucun statut d’envergure.

La colonie la plus victorieuse, sur les plans de la colonisation, de la démographie et de la survivance politique est sans nul doute la Nouvelle Angleterre. En 1629, un groupe de puritains crée la Compagnie de la Nouvelle Angleterre et obtient par charte royal un pouvoir politique fort dans la colonisation d’une large portion des côtes américaines, comprenant les actuels Massachusetts et New Hampshire. Les chefs puritains transfèrent la même année le siège social de leur entreprise, le Massachusetts Bay Company, de Londres au Nouveau Monde. Une grande migration commence alors, amenant d’année en année plusieurs milliers de colons dans le Nouveau Monde. La colonisation se fait méthodiquement, articulée par un pouvoir politique local fort. Des « General Court » décident de la création de nouvelles villes et répartissent les terres aux colons fondateurs. A partir de 1632, les représentants de la General Court élisent même leur propre gouverneur et, dès 1634, votent les impôts.

Autre colonie d’envergure, la Pennsylvanie. C’est une colonie propriétaire, fondée par le quaker William Penn, qui entretient de très bons rapports avec le pouvoir politique en Angleterre. Les quakers sont des radicaux religieux, rejetant l’Eglise, qu’elle soit catholique ou protestante, pour prôner un rapport direct et intime à Dieu. Prônant la démocratie et la tolérance religieuse, le quaker Penn va créer dans sa colonie « une sainte expérience » ; la cohabitation et la collaboration de tous les réfugiés protestants d’Europe, qui trouvent en la Pennsylvanie une terre d’accueil où la liberté de culte est garantie. Penn fonde dans sa colonie la ville de Philadelphie, qui connaît un développement commercial rapide. En 1700, la Pennsylvanie compte déjà 18000 habitants. Ce climat de tolérance religieuse et de respect mutuel conduit la colonie vers une cohabitation paisible avec les amérindiens, un modus vivendi longtemps respecté.

Treaty_of_Penn_with_Indians_by_Benjamin_WestWilliam Penn signant un traité avec les Améridiens

Tout au long du 17ème siècle, des vagues d’émigrants partent d’Angleterre et du reste de l’Europe pour joindre les cotes américaines. En 1700, douze colonies anglaises existent déjà sur la façade atlantique, comptabilisant près de 300 000 habitants.

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