En Nouvelle France, la colonisation prend une forme toute autre que l’occupation anglaise de la côte est. Les français sont peu nombreux. Leur activité sur le nouveau monde se limite essentiellement au commerce des fourrures. Les français pactisent avec les indiens Hurons, ce qui a pour effet de les impliquer dans le conflit destructeur qui oppose cette tribu aux Iroquois. De plus, les français ne s’asseyent sur aucune assise agricole d’ampleur, par peur de faire fuir les Hurons et autres tribus indiennes alliées plus loin vers l’ouest. La colonisation se déploie lentement à partir de deux axes fluviaux ; le Mississipi et le Saint-Laurent et au rythme de la construction de « forts », points d’appui centraux dans la méthode d’implantation française. Le territoire est administré par « la Compagnie de la Nouvelle France », mandatée par la monarchie française. Il n’y a aucune immigration de masse ; milieu du 17ème siècle, on ne compte que quelques centaines de « coureurs des bois » en Nouvelle France. Dans les années 1660 et 1670, le ministre Colbert met la Nouvelle France sous contrôle royal direct, avec une administration dirigée par un gouverneur et un intendant.

Colbert-5Portrait de Colbert par Claude Lefebvre

Le ministre met en place une politique de peuplement qui ne suffira pas à rivaliser avec l’énorme démographie des colonies anglaises. La société qui se forme en Nouvelle France, deuxième moitié du 17ème siècle est tout à fait originale. Les « coureurs des bois » français se déplacent en canoës, vivent à l’indienne, voire, souvent, marient des indiennes. Marie de l’Incarnation, religieuse venue fonder le couvent des Ursulines en Nouvelle-France, a écrit qu’il était « plus facile de faire des Sauvages avec les Français que l’inverse ». Le gros de la population est agricole et militaire. La société d’alors se caractérise par une obédience catholique forte, une obéissance vis-à-vis de la volonté royale, mais une absence de haute noblesse, ce qui empêche une reconstitution proche de la société française.

En 1687, la France est au faîte de sa puissance dans le Nouveau Monde ;  elle occupe la très large majorité des territoires d’Amérique du Nord : de la baie d’Hudson et du Labrador jusqu’au golfe du Mexique et au Mississipi. Cette puissance géographique effraie les colonies anglaises. Pour autant, celles-ci conservent l’avantage considérable de la supériorité démographique. En 1675, on recense environ 7 800 individus en Nouvelle France contre 140 000 dans les colonies anglaises, chiffres qui vont doubler pour le recensement de 1706. La France a fait le choix d’une occupation militaire (les forts) et commerciale, alors que les anglais ont opté pour une colonisation basée sur l’immigration massive.

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