les 13 coloniesLes 13 colonies

En 1763, le traité de Paris cèle la paix en Amérique du Nord et laisse l’Angleterre seule maîtresse des colonies. La menace française est éradiquée, après plus d’un demi-siècle de rivalités. Cette victoire possède quelques effets pervers. Soulagés de la menace française, les habitants des colonies s’éloignent de l’empire britannique, dont ils n’ont plus besoin de la protection pour se développer. Une opposition se développe, sur le sol des colonies, entre les miliciens américains et les régiments du roi. C’est dans ce climat déjà lourd que la couronne britannique, ruinée par le conflit avec la France, va lever des impôts pour éponger sa dette de guerre. Les Américains, pour leur part, ont l’impression d’avoir déjà payé ce conflit par le sang. L’aversion des américains envers les britanniques va croître rapidement, jusqu’à la guerre d’indépendance en 1775. On peut dire que la victoire sur les français a amené, à terme, la sécession des colonies américaines. Dans les paragraphes suivants, nous allons passer en revue les différentes causes ayant, chronologiquement, poussé la population américaine à la lutte.

Le souci fiscal et commercial – L’Angleterre interdit à ses colonies la transformation des matières premières en produits, elle se réserve le privilège de l’activité manufacturière. L’Angleterre pousse les colonies à acheter des produits britanniques, limite les importations étrangères et régule le commerce en Amérique. La frustration américaine se comprend donc premièrement commercialement.

La limitation de l’expansion territoriale – Par la proclamation du 7 octobre 1763, le roi d’Angleterre George III limite les ardeurs américaines et interdit toute expansion territoriale au-delà des Appalaches (la ligne tracée est celle représentée en rouge sur la carte ci-dessus). Sous prétexte de ménager les indiens, la couronne anglaise cantonne la population américaine sur la côte est dans le but commercial de concentrer la population blanche sur la façade atlantique afin de préserver l’écoulement des produits britanniques. Les britanniques veulent aussi limiter l’expansion vers l’ouest pour éviter les risques de morcellement du territoire et la formation de républiques indépendantes. Mais faute de pouvoir devenir pionniers, les colons américains peuvent dès lors devenir rebelles

Le Sugar Act (1763)

Progressivement, la couronne anglaise tente d’impliquer les colonies dans le remboursement des monumentales dettes publiques britanniques. Jugés partiellement responsables de cet endettement, les américains subissent le double poids des rentrées fiscales accrues et de la lutte contre la contrebande. En mars 1763, le parlement anglais décide du Sugar Act, qui tente d’imposer que le profit du commerce colonial doit revenir à la métropole, avec une pénalité financière pour chaque quantité de sucre achetée aux français ou aux espagnols.

Le Currency Act (1764)

L’acte sur la monnaie, décidé en 1764, interdit aux colonies l’émission de billets de banque, dans le but de renforcer la prépondérance monétaire de l’Angleterre et la toute puissance du livre sterling.

Le Stamp Act (1765)

L’acte sur le timbre, qui impose l’achat d’un timbre fiscal pour tous les documents légaux (jusqu’aux journaux, brochures, almanachs, cartes à jouer et dés) est proposé par George Grenville, premier ministre du roi. A cette nouvelle saignée, les treize colonies américaines opposent qu’il « ne peut y avoir d’impôts sans représentation parlementaire » (no taxation without representation), ouvrant par là, en plus de la contestation commerciale, le débat constitutionnel. Grenville demeure inflexible face au vif mécontentement que suscite la loi en Amérique. L’assemblée de la colonie de Virginie appele le 8 juin 1765 les autres colonies à se joindre à elle pour demander au roi et au parlement de revenir sur le Stamp Act.

En Août, Boston est en proie à des émeutes. Des rebelles se réunissent sous le titre de Sons of Liberty, « les fils de la liberté ». La plupart des agissements consistent en des destructions de bien, intimidations, menaces et pendaisons d’effigie. Dans les mois qui suivent, plusieurs émeutes ont lieu dans les colonies en direction des agents du timbre. Entre le 7 et le 25 octobre 1765 à New York, des représentants de neuf colonies se réunissent pour affirmer leur opposition à la nouvelle loi, par une « déclaration des droits et des griefs ». Il n’est pour le moment pas question de s’opposer directement à la couronne anglaise et l’assemblée affirme sa fidélité au roi George III. Il est important de comprendre que l’opposition croissante des colonies à la couronne anglaise n’est pas idéologique, mais issue de l’expérience. Il n’y a pas de sentiment anti-britannique chez les américains de l’époque, un bon nombre d’entre eux se sentant d’ailleurs avant tout anglais.

9colonies stamp actEn 1767 les Fils de la liberté adoptent un drapeau
à neuf bandes verticales, symbolisant les neuf colonies
présentes lors de l’assemblée de New York contre le Stamp Act.

Declaratory Act (1766)

Grenville, impopulaire, est finalement remplacé par le marquis de Rockingham (Charles Watson-Wentworth), qui ne tiendra son poste qu’une année. Le nouveau premier ministre abroge le Stamp Act et, pour éviter à l’Angleterre de perdre la face, décide dans la foulée du Declaratory Act, qui réaffirme l’autorité du parlement sur les treize colonies, au détriment des assemblées coloniales. Le révolutionnaire Thomas Paine écrira plusieurs années après l’événement que le Declaratory Act « réduisait l’Amérique à l’état non seulement le plus bas, mais aussi le plus abject de la vassalité ».

Les Townshend Acts (1767-1770)

Le problème reste inchangé pour le gouvernement britannique : comment dégager de nouvelles rentrées d’argent ? En Amérique, la résistance à l’autorité de la couronne ne disparaît pas avec le Stamp Act. Le Quartering Act, loi qui obligeait les américains à accueillir et à nourrir les soldats anglais, est rejetée par l’assemblée de New York en décembre 1766. L’année suivante, quatre lois composant les Townshend Acts sont promulguées. La première loi impose à l’état de New York l’acceptation du Quartering Act, la seconde établit des droits de douane, notamment sur le thé. La troisième résolution est l’établissement d’un bureau de douane à Boston, ville réputée comme la plus frondeuse des colonies. Enfin, le dernier des Townshend Acts prévoit la détaxe du thé britannique, afin de favoriser le monopole de l’East India Company. Les américains protestent évidemment contre ces nouvelles lois. En février 1768, la General Court du Massachusetts demande au roi l’abrogation des droits douaniers imposés par les Townshend Acts. William Hill, jeune et nouveau secrétaire d’état, demande en réaction au gouverneur Francis Bernard de dissoudre cette assemblée. Soutenue par les autres colonies, le Massachussetts refuse d’obtempérer et un boycott des importations britanniques s’organise. La Couronne britannique fait alors débarquer des troupes à Boston, officiellement pour protéger les fonctionnaires. La population se montre hostile et jusque fin 1769 les provocations et incidents se multiplient à l’égard des militaires britanniques. Cette agitation génère de nombreuses polémiques politiques en Angleterre, et le gouvernement change à nouveau de meneur ; début 1770, Grafton jusqu’alors au pouvoir, est remplacé par Lord North. A l’exception de la taxe sur le thé, toutes les lois du Townshend Acts sont finalement abandonnées. Lord North écarte le Quartering Act et demande aux troupes de Boston de se retirer. Malheureusement, un événement va venir contrarier cette tentative d’apaisement.

Le massacre de Boston (1770)

Une très forte tension régnait à Boston depuis qu’un informateur des douanes avait tiré sur une foule menaçante, devant sa maison, et tué ainsi un enfant de onze ans. Le 5 mars 1770, dans la King Street de Boston, une foule se rassemble devant le bureau des douanes, face aux sentinelles britanniques, commandées par le capitaine Preston. Les soldats reçoivent des jets de boules de neige et tirent, dans la panique, tuant cinq civils. « Le Massacre de Boston » va servir la cause des rebelles, en élevant les défunts au rang de martyrs et en permettant aux différents illustrateurs de stigmatiser la brutalité britannique. Malgré tout, l’énorme tension suscitée par cette affaire finit par retomber. La tâche douanière demeure toutefois difficile à mener pour les britanniques en Amérique. Les résistances sont nombreuses et les officiers de la majesté risquent toujours leur vie dans les treize colonies. En 1772, le Gaspée, un navire dépêché pour la répression de la contrebande, est incendié.

bloody massacre boston paul revereLa célèbre gravure de Paul Revere, « Le massacre sanglant ».
Les soldats britanniques sont alignés froidement, comme pour une
exécution calculée, alors qu’ils étaient en réalité empêtrés dans une émeute


Le Tea Act (1773)

En mai 1773, le gouvernement britannique passe une loi sur le thé, toujours pour soutenir la East India Company en difficulté. Cette entreprise obtient de la part du gouvernement un monopole sur le marché américain. Cette mesure entraîne la ruine à venir des marchands indépendants. La manœuvre est perçue comme une entrave aux libertés et les protestations de toute sorte pleuvent. Les pressions rendent difficile le débarquement des cargaisons, acheminées par bateau au travers l’Atlantique. A Boston, le soir du 16 décembre 1773, une foule menée par John Hancock et Sam Adams, déguisée en indiens mohawks, monte à bord des navires et jette à la mer toutes les cargaisons de thé. Cette émeute revêt une haute valeur symbolique, on l’appellera plus tard la Boston Tea Party.

Les lois intolérables (1774)

Évidemment, cette insubordination ne pouvait être laissée impunie par la couronne britannique. Le parlement anglais fait donc passer en réaction une série de lois dites « intolérables » ou « scélérates ». Le port de Boston est fermé et ne pourra être rouvert que lorsque la ville aura compensé financièrement les pertes et versé des dommages et intérêts. Autres mesures, le conseil de la colonie n’est plus élu mais choisi par la couronne et toutes les réunions en ville sont interdites. Les américains s’organisent donc en marge des institutions officielles. Dans ces lois, on trouve aussi le Quebec Act, qui donne à l’ancien territoire français un régime civil, reconnaissant les lois françaises et les droits politiques des catholiques. En accédant aux volontés des voisins canadiens, les britanniques attisent la colère des américains. Mais la manœuvre, effectuée dans ce but ou non, a le mérite d’empêcher une hypothétique coalition entre canadiens et américains contre la couronne.

Le Congrès continental de Philadelphie (1774)

Organisé pour coordonner les actions des Treize colonies face à l’Angleterre, le congrès continental se tenant à Philadelphie devient vite un organe de gouvernement. Cinquante-six délégués, envoyés par les colonies, composent ce congrès. On y trouve entre autres John Adams, du Massachusetts et George Washington, dépêché par le Virginie. Ces deux futurs présidents comptent parmi les radicaux de l’assemblée, très opposés aux britanniques. D’autres éléments, menés par Joseph Galloway, sont plus conservateurs, soit qu’ils soient fidèles à la couronne et donc loyalistes ou juste soucieux de préserver les liens commerciaux avec l’Angleterre. Lors de cet événement, Patrick Henry réussit à fédérer, au moins spirituellement, les différents représentants. Il déclare : « Les distinctions entre habitants de la Virginie, de la Pennsylvanie, de New York et de la Nouvelle-Angleterre ont disparu . Je ne suis pas Virginien, je suis Américain ». Ce premier congrès débouche en octobre 1774 sur la Declaration of Rights and Grievances (Déclaration des droits et des doléances) qui réaffirme le droit des américains à être représentés politiquement et à décider de leur propre législation. Dans la foulée, l’Association Continentale est créée pour organiser le boycott des produits britanniques afin de réclamer l’abrogation des lois intolérables. Rendez-vous est pris pour l’année prochaine afin de faire le point sur la situation. Mais quand les membres du Congrès se retrouveront en mai 1775, les hostilités entre américains et britanniques auront déjà débuté.

premier congrès continentalLe premier congrès continental par Allyn Cox

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