« Donnez moi la liberté ou donnez moi la mort ! ». C’est la phrase lancée par Patrick Henry en mars 1775, lors de la deuxième convention révolutionnaire de Virginie, dans un discours resté fameux. Les revendications des colons ne sont plus simplement fiscales, elles concernent  maintenant les droits et libertés des américains.

En avril 1775, à Concord et à Lexington, près de Boston, les premiers coups de feu retentissent entre britanniques et américains. La guerre est engagée. Le second congrès continental s’ouvre en mai dans le Pennsylvania State House de Philadelphie renommé Independence Hall. Ce second congrès est beaucoup plus radical que le premier. Galloway n’en fait plus partie et les modérés ont cédé du terrain aux radicaux. Benjamin Franklin, de retour d’Angleterre, fait partie de l’assemblée. On trouve aussi John Hancock, un puissant commerçant de Boston, les cousins Sam et John Adams, Patrick Henry le fameux révolutionnaire, Thomas Jefferson, un jeune avocat Virginien et l’ancien colonel d’armée britannique George Washington. Le Congrès exhorte le Canada à se joindre à la lutte pour l’indépendance Américaine ou, du moins, à ne pas soutenir l’Angleterre dans la guerre. Le pays constituait en effet une base de repli idéal pour les britanniques. « L’armée continentale » est placée sous le commandement du charismatique Georges Washington, le militaire le plus expérimenté du Congrès. Le congrès tente une dernière tentative de conciliation avec l’Olive branch petition, rédigé par John Dickinson, sans y croire véritablement, et peut-être dans le principal but de placer les britanniques dans le rôle de l’agresseur. Les américains étaient encore à l’époque pour une large part favorables à la réconciliation et les manœuvres politiques avaient une importance considérable pour influencer l’opinion. Le 23 août, une proclamation du roi George III condamne définitivement les rebelles américains, scellant l’intransigeance du monarque vis-à-vis d’un congrès qu’il juge complètement illégal et illégitime. C’est désormais officiel : les colonies américaines sont en rébellion.

washington commandant second congresWashington, désigné commandant en chef lors du Second Congrès

Le conflit se poursuit à Boston où le général britannique Gage tient les hauteurs qui surplombent Boston, conquises au prix de plus d’un millier d’hommes ; c’est la bataille de Bunker’s Hill. L’événement démontre que des miliciens peuvent tenir tête à la prestigieuse armée britannique. A la suite de cette bataille, le général Howe remplace le général Gage à la tête des forces britanniques en Amérique du nord.

Le 3 juillet 1775, George Washington prend possession de son armée, de simples citoyens peu disciplinés avec lesquels il doit bâtir l’armée des « Provinces Unies d’Amérique du Nord ».  Dépourvue d’artillerie lourde et encore sous-entrainée, l’armée de Washington ne peut pour le moment engager le siège de la ville de Boston.

En 1776 est publié un pamphlet anonyme (signé « par un anglais »), le Sens commun, véritable best-seller de la révolution américaine. Son auteur est Thomas Paine, un anglais débarqué dans les colonies deux ans auparavant. Paine fait prendre conscience à l’Amérique de sa propre révolution, et mêle le combat pour la liberté aux idéaux de la république. Brillant pamphlétaire, doté d’un sens aigu de la formule, Thomas Paine termine son Sens commun par « C’est le moment de nous séparer ». Grâce à ce texte, la cause de l’indépendance trouve un écho très favorable dans l’opinion américaine.

thomas painePortrait de Thomas Paine par Auguste Millière

En prenant ses distances avec les britanniques, les colonies américaines, construites sur le modèle législatif anglais, se devaient de trouver de nouvelles bases en terme d’organisation et d’administration. Entre janvier 1776 et avril 1777, toutes les colonies américaines se dotent donc d’une constitution propre. En parallèle, chaque colonie, devenue état, se dote d’un gouvernement propre et définit ses représentants au Congrès.

Le 7 juin 1776, Richard Henry Lee demande devant le congrès l’indépendance américaine : « Ces colonies unies sont et doivent être, de droit, des États libres et indépendants, elles ont perdu tout allégeance envers la Couronne britannique, et tout lien politique entre elles et l’Etat de Grande-Bretagne est totalement dissous ». Cependant, l’idée d’indépendance divise au Congrès. Ce n’est qu’après plusieurs jours de débat, le 11 juin 1776, qu’un comité de cinq membres est chargé par le Congrès continental de rédiger une déclaration d’indépendance : John Adams, Benjamin Franklin, Thomas Jefferson, Robert Livingston et Roger Sherman. C’est Thomas Jefferson, avocat, qui rédige une première mouture du texte, jugée trop incisive et provocante par ses collègues qui le retouchent. Le 4 juillet 1776, après d’intenses discussions, le texte est adopté par le Congrès.

Un célèbre tableau de John Trumbull représente les pères fondateurs des Etats Unis au grand complet, réunis solennellement autour de la signature de la déclaration d’indépendance. En réalité, parmi ces grands personnages, seul John Hancock était là ce jour pour apposer sa très distinctive signature sur le précieux document. La vidéo suivante, extraite de la mini-série HBO consacrée à la vie de John Adams, illustre le dégoût du père fondateur à la fin de sa vie pour cet irréalisme.

Le texte débute par l’affirmation que « tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables : parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits ». Après une liste des forfaits commis par George III, la déclaration se conclue par la signification de l’indépendance « en états libres et indépendants ». La déclaration d’indépendance s’inspire de la Déclaration des droits de Virginie, adoptée le 12 juin 1776 et rédigée par le juriste George Mason. Ce texte inspirera beaucoup des Déclarations à venir, de celle de 1789 à celle des Nations Unies.

declaration d'independance américaineLa déclaration d’indépendance américaine

Les états étaient donc désormais indépendants et libres. Il fallait toutefois travailler à leur union politique et militaire. John Dickinson, chargé de travailler sur le sujet, propose en juillet la création des « États-Unis d’Amérique », pour que « lesdites colonies s’unissent afin de ne jamais être divisées par quelque loi que ce soit ». Mais des questions de l’ordre de l’organisation politique (mode de scrutin, représentation) restent en suspens. De plus, des revendications territoriales émergent chez différents états.

Pendant ce temps, le général Howe et ses troupes se sont retirés de Boston pour se renforcer. Déboutés de Charleston, Howe et ses troupes s’approchent de New York en juin 1776. Le général est à la tête d’une force impressionnante de 34 000 hommes ; tuniques rouges, mais aussi mercenaires allemands. La première bataille de New York, le 27 Août, se solde par une victoire britannique. Une seconde bataille, le 15 septembre à Manhattan, réaffirme la prépondérance anglaise. Le 20 septembre, New York est aux mains des britanniques et les américains mettent le feu à leur ville pendant leur fuite, pour éviter que celle-ci ne tombe entre des mains ennemies.

Fin 1776, le moral des troupes de Washington est sérieusement miné par la défaite. Washington concède du terrain aux anglais, se repliant en Pennsylvanie.  Mais c’est en cette fin d’année 1776 que le général américain a « une idée de génie », pour reprendre une expression répandue au sujet de cet acte devenu mythique dans l’histoire américaine. La nuit de Noël 1776, Washington fait franchir le fleuve Delaware à ses armées pour aller attaquer la ville de Trenton où étaient localisées les troupes allemandes. L’opération est une réussite, les troupes de Washington font un millier de prisonniers et quelques hommes seulement dans l’armée américaine y laissent la vie. Une seconde victoire à Princeton confirme le coup d’éclat de Washington quelques jours plus tard. Plus que militaires, ces victoires sont patriotiques ; elles redonnent le moral aux américains et permettent aux miliciens et à l’armée régulière de faire corps.

Whasington traversant le delawareWashington traversant le Delaware
par
Emanuel Gottlieb Leutze

Les britanniques souffrent d’un problème de commandement. S’il n’y a qu’un seul maître de l’armée côté américain en la personne de George Washington, côté britannique, l’autorité est partagée entre les généraux Howe et Burgoyne. En Août 1777, Howe débarque au sud de Philadelphie et s’empare de la capitale le mois suivant. A cette défaite va s’ajouter celle de Germantown, en Pennsylvanie. Malgré ces deux importantes réussites, le manque de coordination des opérations anglaises va priver les britanniques du triomphe. Alors que Howe est en Pennsylvanie, Burgoyne s’apprête à fondre sur les États-Unis en partance du Canada. Mais le chef d’armée, abandonné par les canadiens et les amérindiens qui composaient la moitié de son armée initiale, se retrouve piégé à Saratoga, loin de ses bases et cerné par les troupes américaines du général Horatio Gates. Burgoyne finit par admettre sa reddition en octobre.

Du côté institutionnel, le Congrès est amené à assumer un rôle gouvernemental au nom des Etats-Unis d’Amérique depuis plusieurs années maintenant. Son autorité n’a toutefois pas de statut légal, jusqu’à l’adoption des Articles de la Confédération en novembre 1777. Ces articles confirment « l’union perpétuelle » qui lie les treize états d’Amérique, tout en réaffirmant leur souveraineté. Le Congrès se charge officiellement du pouvoir de déclencher une guerre, de signer la paix et de nommer des ambassadeurs. Un exécutif nommé « Le comité des États » doit siéger en l’absence du Congrès.

13 drapeau usaLe 14 juin 1777, les États-Unis d’Amérique se dotent
d’un drapeau à treize rayures rouges et blanches et de
treize étoiles blanches sur fond bleu représentant l’union.

Malgré la victoire emblématique de Saratoga, l’armée américaine apparaît bien faible et est mise à l’épreuve par le rude hiver 1777-1778. Le conflit s’internationalise alors, avec l’entrée en scène de la France comme soutien de poids. La France était déjà symboliquement aux côtés du général Washington, en la personne du Marquis de la Fayette, parti soutenir la révolution américaine sans attendre l’autorisation royale…

Depuis un an, la France était invitée par l’Amérique à combattre les anglais dans le nouveau monde, mais le roi Louis XVI et son contrôleur des finances Turgot partageaient de fortes réticences. En 1778, craignant une réconciliation américano-anglaise toujours tentée par le gouvernement britannique, la monarchie française précipite sa décision et signe deux traités de soutien aux États-Unis, l’un commercial, l’autre militaire, engageant la France dans le conflit jusqu’à l’obtention de l’indépendance. L’Amérique doit beaucoup à Benjamin Franklin, alors représentant des États-Unis en France, qui a négocié cette alliance capitale. L’hexagone apporte en effet à l’Amérique la puissance navale qui lui fait cruellement défaut pour combattre les britanniques. Des frappes coordonnées terre/mer seront désormais possibles. De plus, Louis XVI réussit à impliquer dans la guerre l’Espagne, désireuse de reprendre Gibraltar aux Anglais. Le rapport de force tourne maintenant clairement à l’avantage des États-Unis.

Marquis de LafayetteLe marquis de Lafayette

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