Début des années 1790, après avoir posé les bases de leur république avec la Constitution,  les États-Unis doivent affronter de longs et lourds problèmes de politique intérieure.

George Washington est élu en 1788 à l’unanimité du collège électoral premier président des États-Unis. C’est un héros national incontestable, célébré comme le libérateur, qui assoie son autorité sur son flegme et son désintéressement. De son vivant, Washington reçoit un grand honneur lorsqu’en 1790, il est décidé que la capitale du pays portera son nom. Les premiers départements ministériels sont créés. Thomas Jefferson est nommé secrétaire d’Etat, Alexander Hamilton, secrétaire du trésor et Henry Knox devient secrétaire de la guerre. Washington apporte rapidement son soutien à la mouvance fédéraliste américaine, menée par Hamilton. Un système judiciaire fédéral est mis en place avec la Cour suprême, dont John Jay est nommé le premier juge en chef. Autre instance de « consolidation », la banque des États-Unis, créée en 1791 pour accorder des crédits et émettre la monnaie. La banque nouvellement formée centralise toutes les dettes des états, qui s’élèvent à 74 millions de dollars. Le remboursement de la dette devient une priorité pour le gouvernement.

un dollar washington georgeDans son ouvrage, André Kaspi énumère les stigmates
de la légende de Washington : « Un état, 7 montagnes, 8 cours d’eau,
10 lacs, 33 comtés, 9 universités 121 villes y compris la capitale fédérale,
portent son nom ». Nous voyons ici le billet de un dollar à son effigie.

Cette mouvance fédéraliste ne va pas faire l’unanimité. Thomas Jefferson va incarner la défense des droits des États, face au fédéraliste Hamilton. Pour le premier, l’on se dirige peu à peu vers l’établissement d’un régime monarchique, pour le second, des « pouvoirs implicites », non énumérés dans les textes constitutionnels, découlent naturellement des pouvoir explicitement répartis. Les deux leaders s’opposent et l’on voit émerger peu à peu les balbutiements du système bipartite américain : d’un côté, les fédéralistes sont partisans d’un régime centralisé fort et de l’autre, les républicains soutiennent des états indépendants, liés entre eux par un gouvernement qui fait ingérence au minimum dans les affaires de chacun. En général, les bourgeois de la côte du nord-est sont fédéralistes et les élites rurales du sud, jouissant d’un pouvoir local plus important, sont républicaines. Ces tensions perdureront jusque la guerre de sécession.

hamilton et jeffersonHamilton et Jefferson, premiers chefs en opposition

Les mesures du secrétaire du trésor Alexander Hamilton, concernant le remboursement de la dette et la création de la banque des États-Unis, se heurtent donc à la contestation de Thomas Jefferson. D’autres points de friction émergent entre les deux hommes, sur le terrain des relations internationales. Hamilton est partisan du modèle politique anglais, tandis que Jefferson est un fervent supporter de la révolution française dans laquelle il perçoit la consécration des principes de la révolution américaine. Sur le plan économique, Jefferson l’agricole s’oppose à Hamilton l’industriel. En 1793, Jefferson démissionne de son poste de secrétaire d’état et l’opposition se durcit entre lui et Hamilton, maintenant opposés en deux camps bien distincts ; les républicains-démocrates et les fédéralistes. Malgré que la Constitution condamne les « factions », deux partis opposés sont bien nés. La révolution française et la guerre qui oppose la France à l’Angleterre influencent beaucoup la vie politique américaine et retranchent les deux camps derrière leur position. Plusieurs affaires illustrent cette tension. Celle, par exemple, du « citoyen Genêt », chargé par la France révolutionnaire de venir rappeler aux américains leur engagement aux côtés des français et d’obtenir des États-Unis des navires. Autre affaire, celle du traité conclu par Jay entre les Etats-Unis et l’Angleterre en 1794, qui provoque la colère des républicains de Jefferson, qui taxent le texte d’anticonstitutionnel.

Cet étiolement idéologique de la scène politique va trouver un exutoire dans la campagne présidentielle de 1796. Après deux mandats, George Washington refuse de se représenter à nouveau pour la présidence. C’est une règle tacite que Washington établit là, règle qui ne sera brisée qu’une seule fois par Franklin Roosevelt. John Adams, le vice-président de Washington pendant ses deux mandats, lui succède. Ce fédéraliste va devoir gouverner avec Thomas Jefferson, adversaire politique à la tête des républicains, arrivé en deuxième position et nommé vice-président. La cohabitation est relativement paisible jusqu’en 1798 et les lois contre les « séditieux », votées par les fédéralistes majoritaires au Congrès. Talleyrand, ministre des affaires étrangères du Directoire, exige des États-Unis un cadeau personnel et un prêt à la France avant l’entame de toute négociation. Les États-Unis se sentent insultés et les fédéralistes vont profiter de la situation pour voter les Sedition et Alien Act, qui ont en réalité plus dans le viseur les républicains que l’influence française. L’Alien Act donne au président le pouvoir d’expulser tout étranger suspect et repousse de cinq à quatorze années la durée de séjour nécessaire sur le sol américain pour devenir citoyen. Le Sedition Act fait de toute attaque ou critique contre un membre du gouvernement un crime. Les républicains réagissent violemment à ces lois qui portent atteinte aux libertés fondamentales.

John AdamsJohn Adams, second présidents des États-unis

En 1800, de nouvelles élections provoquent un nouveau déchaînement. Les deux partis se déchirent et la presse se montre particulièrement virulente. John Adams est battu de très peu par le républicain Thomas Jefferson qui va, loin de l’explosion attendue, dessiner la nouvelle voie du rassemblement national. « Nous sommes tous des républicains, nous sommes tous des fédéralistes » déclare Jefferson lors de son entrée en fonction. Le troisième président américain souhaite unir son pays dans la conquête de l’ouest. Ce projet est menacé par l’ambition française, grandissante sous Bonaparte. En 1801, le traité de San Ildefonso donne à la France la Floride et la Louisiane, jusqu’alors espagnoles. Le projet de Bonaparte est de consolider l’empire français en Amérique du nord. Mais un premier échec cuisant va limiter son appétit. L’armée de Leclerc, envoyée occuper les Caraïbes, est décimée par les fièvres tropicales. Délaissant son rêve américain, Napoléon Bonaparte confie la vente de la Louisiane à ses ministres. Les américains, qui ne convoitaient à la base que la Nouvelle-Orléans, acceptent d’acheter la Louisiane pour 60 millions de francs en 1803. Thomas Jefferson, qui a organisé cet achat, double par cette opération le territoire des Etats-Unis. Cette vente va permettre aux américains d’avancer vers l’ouest, avancée qui ne peut se faire qu’au détriment des amérindiens, repoussés progressivement toujours plus à l’ouest. Les britanniques, qui voient en cette expansion une menace, vont tout faire pour faire échouer cette conquête de l’ouest. Les anglais tentent de favoriser une fédération indienne contre la poussée des colons.

louisianeEn achetant la Louisiane à la France, les États-unis doublent
la superficie de leur pays et s’ouvrent une route vers l’ouest

L’un des nerfs d’influence est le fleuve Mississippi, seule voie par laquelle le commerce peut s’organiser à l’ouest des montagnes Appalaches. La Nouvelle Orléans et son port est un endroit de commerce capital. Au-delà de cette zone, c’est la mainmise sur la côte ouest qui intéresse. Plusieurs puissances s’y intéressent. Les Espagnols y ont installé des missions, sur toute l’étendue de la Californie actuelle. Les Anglais sont aussi en mesure de revendiquer le territoire, suite aux explorations du Capitaine James Cook. Il faut même compter sur les Russes, implantés en Alaska. Le président confie à un « corps de la découverte », commandé par les explorateurs Lewis et Clark, la mission de l’exploration des territoires de l’ouest entre 1803 et 1806. Cette dynamique d’expansion menée par Jefferson ne fait pas l’unanimité. En intégrant de nouveaux états à l’ouest, les états de l’est perdent de plus en plus un pouvoir dilué dans la masse. On commence déjà à parler de sécession, alors que l’opposition originelle entre fédéralistes et républicains se calme. Le chef de l’opposition fédéraliste, Hamilton, décède lors d’un duel en 1804. Les républicains, en mettant au pouvoir Jefferson, deviennent bien malgré eux engagés dans la fédération américaine, puisqu’ils s’impliquent dans la direction de l’union.

Lewis et ClarkLewis et Clark

George Washington, dans son discours d’adieu à la fin de son deuxième mandat, avait prévenu les américains du danger des affaires européennes, dans lesquelles il en fallait pas, selon lui, s’impliquer. Les États-Unis ont bien suivi ses conseils jusqu’ici. En 1800, une convention signée à Mortefontaine déleste les États-Unis de leur engagement vis-à-vis de la France, noué lors de la guerre d’indépendance. La pression s’accroît toutefois en 1804 avec l’éclatement d’une guerre entre la France et l’Angleterre. Des problèmes se posent pour la neutre Amérique qui pratique le commerce avec les deux belligérants. Le blocus entrave le commerce transatlantique. La Royal Navy emploie la force pour contrôler les navires « neutres » américains. Les tensions s’exacerbent, malgré la volonté pacifique de Jefferson, qui profite des difficultés britanniques pour décider en 1807 de l’embargo total des produits américains. Le président veut par là obliger les anglais à assouplir leur blocus. Mais l’embargo n’a pas l’effet escompté et la Grande Bretagne, trop peu dépendante des produits américains, ne fait aucun geste. La colère monte chez les commerçants de la Nouvelle Angleterre qui souffrent de cet embargo. Thomas Jefferson, en 1809, finit par mettre fin à l’embargo, juste avant la fin de son second mandat. Si l’embargo n’a pas permis de faire valoir sur les mers les droits américains, il aura au moins eu le mérite de favoriser le développement de l’industrie ; beaucoup d’entreprises sont nées, notamment dans le textile, pour réaliser les produits qu’on ne pouvait plus faire importer.

James Madison succède à Thomas Jefferson à la présidence. La tension entre américains et anglais s’accroit lorsqu’il est révélé que les britanniques encouragent la rébellion indienne à la frontière nord-ouest. En juin 1812, James Madison soumet au Congrès une déclaration de guerre, qui est acceptée. L’opinion américaine est divisée à propose de ce que l’on appelle « la guerre de monsieur Madison », que l’on accuse de faire le jeu de Napoléon. L’ouest et le sud sont favorables à une guerre, mais pas les états de la côte atlantique, qui souhaitent surtout reprendre leurs activités commerciales sur l’Atlantique. Le pays n’est pas prêt pour la guerre avec son armée de 7000 hommes et sa flotte quasiment inexistante de 16 navires. Mais les américains misent sur le fait que les britanniques sont très absorbés par l’Europe napoléonienne. Dans un premier temps, les américains connaissent des succès au Canada, où ils mènent des opérations dans les régions des grands lacs et du nord ouest. Mais pendant l’été 1814, les britanniques sont libérés des guerres napoléoniennes et débarquent en masse sur le territoire américain pour affirmer leur supériorité. Les troupes anglaises brûlent le Congrès et la Maison Blanche à Washington mais échouent à Baltimore. On appelle parfois cette guerre « la seconde guerre d’indépendance » et comme pour la première, un général va s’illustrer par un coup de génie. Andrew Jackson, le 8 janvier 1815, réussit à battre à la tête de son armée bigarée et inférieure en nombre de miliciens la prestigieuse armée britannique, commandée par le général Peckenham, qui meurt pendant la bataille. A ce moment, la paix avait déjà été signée fin décembre 1814 à Gand, mais la nouvelle de l’éclatante victoire de Jackson arrive à Washington plus vite que celle du traité conclu entre les deux pays. Jackson est perçu comme le libérateur.

bataille de la Nouvelle Orléans par Percy MoranLa bataille de la Nouvelle-Orléans par E. Percy Moran

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