Première moitié du 19ème siècle, les États-Unis connaissent une double révolution, démographique et économique. C’est la ruée vers l’ouest. En 1810, 14% des américains vivent à l’ouest des Appalaches, en 1820, ils sont 23%. La conquête des nouveaux territoires est au cœur du développement états-unien. Ce développement est accompagné d’une croissance des moyens de transports. De nouvelles routes macadamisées sont tracées entre 1800 et 1830. Dans le même temps, les bateaux à vapeur circulent de plus en plus nombreux sur l’Ohio, l’Hudson ou encore le Mississippi, la navigation est facilitée par la multiplication des canaux. En 1830, une première voie de chemin de fer est construite entre Baltimore et l’Ohio. Ce développement des transports est soutenu par les lois sur les grands équipements (international improvements) votées pour amplifier la construction de routes et de canaux. Le flux d’émigration vers les États-Unis reprend dès la fin des conflits napoléoniens, favorisé notamment par la baisse du coût du voyage transatlantique et les famines irlandaises. En 1790-1800, l’émigration européenne s’élève à 50 000 personnes, en 1810-1820, ce chiffre s’élève à 114 000. Les émigrants arrivent surtout dans les villes, renforçant une urbanisation déjà forte. Dans les grandes villes américaines d’alors, les américains de souche côtoient les américains nouveaux, nés sur sol étranger, sans se mélanger avec eux. Les émigrés se regroupent par quartiers en communautés ethniques, nationales et religieuses. D’une manière générale, la population double presque tous les vingt ans. En 1790, les États-Unis comptent quatre millions d’habitants, en 1810 environ sept et en 1830, treize millions. En 1810, New York compte 100 000 habitants et en 1860 un million, dix fois plus.

Le sud du pays, jusqu’alors surtout cultivateur de tabac, profite de l’explosion de l’industrie textile du début du 19ème siècle. Les cotonnades se multiplient et font vivre l’économie américaine. La moitié des exportations du pays sont dues au coton. Les esclaves noirs travaillant dans l’agriculture sont recensés en 1850 et les chiffres témoignent de la prépondérance de cette économie : sur 2,5 millions d’esclaves, 1,8 millions cultivent le coton, 350 000 le tabac, 250 000 la canne à sucre et 125 000 le riz.

En 1816, le Congrès accorde à la banque des États-Unis une seconde vie pour une durée de vingt ans, sur la proposition de Henry Clay, qui souhaite imposer un « système américain » par lequel on unifierait la nation par l’interdépendance des états. La même année, James Monroe succède à James Madison. Tous les deux sont des républicains virginiens. Les fédéralistes sont ancrés au pouvoir et une nouvelle opposition germe. C’est celle des « indépendants », qui accusent les républicains d’avoir adopté le modèle fédéraliste et soutiennent l’idée de la défense des états dans leur indépendance. Mais l’opposition n’est ni extrêmement virulente comme auparavant, ni nouée au cœur d’un réel désaccord idéologique ; c’est ce que l’on a appelé « l’ère des bons sentiments ».

En 1818, les États-Unis négocient avec la Grande Bretagne afin de fixer la frontière avec le Canada. Et l’année suivante, en 1819, sous le prétexte d’une expédition menée par Andrew Jackson contre les indiens en Floride, le secrétaire d’état John Quincy Adams (le fils de John Adams) négocie avec l’Espagne la cession de la Floride. Les Etats-Unis s’affirment alors maitres de l’intégrité de leur territoire. La résistance aux puissances espagnole et anglaise était un défi à gagner depuis la fin du siècle dernier et les Etats-Unis semblent alors avoir vaincu des pressions.

John_Quincy_AdamsJohn Quincy Adams

Cependant, la question de l’attitude à adopter face aux affaires européennes demeure et les sollicitations ne manquent pas. Les grecs appellent les américains à venir les aider à combattre les turcs. La Russie, partant d’Alaska, fait des incursions sur la côte est américaine. En Amérique du sud, plusieurs colonies espagnoles déclarent leur indépendance et l’on croit à l’intervention de l’Europe, au travers d’une Sainte Alliance (Russie, Autriche, Prusse) pour sauver la monarchie espagnole. C’est une crainte partagée par les britanniques qui proposent au Etats-Unis une déclaration commune de non ingérence dans les affaires américaines. Désireux de ne pas voir la Grande Bretagne recevoir la gloire de ce coup diplomatique, John Quincy Adams écrit en 1823 pour le président James Monroe ce que l’on va appeler plus tard « la doctrine Monroe », proclamant trois grands principes : le continent américain ne doit plus faire l’objet de colonisations européennes, l’Europe ne doit plus ingérer dans les affaires des pays indépendants d’Amérique et enfin, les Etats-Unis, de leur côté, n’entreront pas dans les conflits européens. Cette déclaration n’a pas d’effet en Europe où la Sainte Alliance ne se déclanche pas surtout par peur de la réaction britannique. Cependant, l’annonce a un impact positif sur l’opinion américaine, fière de cette affirmation d’orgueil national.

doctrine monroeJames Monroe présentant sa doctrine par Clyde De Land

« L’ère des bons sentiments » connue sous Monroe laisse rapidement place à un nouveau paradigme politique dont Andrew Jackson est un symbole. Cet homme, général très populaire en Amérique, se présente pour la première fois à la présidentielle en 1824. Il est défait par John Quincy Adams sur le fil et prépare dès lors son élection de 1828. On parle avec lui de « révolution démocratique ». Andrew Jackson est le premier président né dans l’ouest, au Tennessee. Jusqu’alors les présidents étaient issus de l’élite du nord est, des grandes familles ayant participé à la révolution et la guerre d’indépendance. Ces familles monopolisaient le pouvoir fédéral jusque les années 1820 et l’arrivée du suffrage universel (blanc et masculin). En 1824, Andrew Jackson et Henry Clay, représentants respectivement l’ouest et le sud, se présentent face à John Quincy Adams, de la Nouvelle-Angleterre. La victoire d’Adams est faible, et laisse présager un retournement de situation. En 1828, les participations à l’élection atteignent un chiffre record grâce aux efforts déployés pour la généralisation du suffrage. Et cette « popularisation » des élections permet à Jackson d’accéder à la présidence.

andrew jackson thomas sullyAndrew Jackson par Thomas Sully

On a donné le nom du 7ème président des États-Unis à une période de l’histoire américaine : la démocratie jacksonienne, s’étalant sur deux mandats, de 1829 à 1837. C’est dans ce deuxième tiers du dix-neuvième siècle américains que surviennent d’importants changements dans la vie politique du pays. Tout d’abord, il y a un renforcement du pouvoir présidentiel ; Andrew Jackson utilise théâtralement et à de nombreuses reprises son droit de véto. En 1832, la Caroline du Sud s’oppose à la promulgation d’un tarif protectionniste. Andrew Jackson menace d’employer la force face à l’état et déclare qu’un état ne peut s’opposer à une loi fédérale ; c’est la crise de la nullification. Autres changements, l’émergence d’élections modernes. En 1836, il y a 57,8% d’électeurs, en 1840, 80%. Les chiffres de participation électorale sont impressionnants. Le droit de vote gagnant les couches populaires, des moyens de communication politique modernes se mettent en place : meetings, défilés, barbecues…

L’opposition nationale-républicaine à Andrew Jackson pendant ses deux mandats est bigarrée mais se regroupe sous l’appellation « whigs », en référence au parti anglais s’opposant aux conservateurs tory. Les rangs des whigs sont composés par des partisans de la Banque des Etats-Unis, par des anti-maçons, des partisans de l’ancien président John Quincy Adams ou encore des fédéralistes. Les whigs appellent leurs opposants, les démocrates, qui soutiennent le président Jackson, des ânes. Ceux-ci acceptent le terme et prennent l’animal pour mascotte pour dénigrer l’intellectualisme des whigs.

ane democrate« Un âne vivant frappant un lion mort »
Le symbole démocrate de l’âne remonte à la
campagne présidentielle d’Andrew Jackson de 1828

Pour Andrew Jackson, les indiens n’ayant pas su s’assimiler à la population américaine doivent être refoulés. En 1830, l’Indian Removal Act est promulgué et décide de la déportation des autochtones à l’ouest du Mississipi. Cette loi, adoptée par le Congrès, autorise le président à organiser la déportation. L’exode qui s’ensuite est destructeur, le voyage décime de nombreuses tribus. Un épisode de cette déportation est resté célèbre, il s’agit de la Piste des larmes ; c’est l’exode des indiens Cherokee qui perdent un quart de leur population sur le chemin menant au Mississippi. En 1838, il n’y a plus d’indiens à l’est du fleuve. Andrew Jackson, artisan de cet exode, est resté particulièrement impopulaire chez les amérindiens, qui refusent pour certains aujourd’hui encore d’échanger des billets de 20 dollars, à l’effigie de ce président.

piste des larmesLa piste des larmes par Robert Lindneux

Un autre combat de Jackson est celui contre la banque des Etats-Unis, qu’il a décidé de faire fermer. Il accuse l’établissement de ne prêter qu’aux riches, de favoriser l’élite du nord-est au détriments des états du sud et de l’ouest et d’être un instrument de manœuvres politiques. Une demande de renouvellement de la charte de la banque est portée au congrès en 1832. Le Congrès accepte ce renouvellement mais Andrew Jackson pose son veto. Jackson fait transférer les fonds fédéraux de la banque dans 23 banques d’états différentes et a finalement raison de l’établissement. Jusqu’à la fin du 19ème siècle, les Etats-Unis auront du mal à réguler leurs finances et leur monnaie.

caricature banque jacksonUne caricature de Jackson terrassant les hommes d’affaire,
brandissant l’acte d’abolition de la banque des Etats-Unis

Dans la continuité de son combat contre l’aristocratie au pouvoir, Jackson décide de mettre en place le système des dépouilles (spoils system). Partant du principe que le président est élu au suffrage universel, son entourage, l’administration, doit lui être fidèle et aller dans le sens de sa politique. En conséquence, le président procède au remplacement des fonctionnaires en place par ses partisans. Coupant d’avec la tradition washingtonienne du « plus compétent », Jackson démocratise l’administration mais, revers de la méthode, laisse le champ libre à la corruption et à l’incompétence.

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